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Au
Nom d'Allah Le Tout-Miséricordieux Le Très-Miséricordieux
Est-il admissible pour un musulman de penser qu’Allah est dans le Ciel au sens littéral? *
* * * *
Réponse
du Chaykh Nuh Ha Mim Keller
Non. Le sens littéral d’être « dans le ciel » impliquerait qu’Allah
- Exalté soit-Il -
soit
en fait dans l'une de Ses créatures, car le ciel est une chose créée. Il
n’est pas permis de croire qu’Allah
- Exalté soit-Il -
réside ou occupe (en Arabe « hulul
») une quelconque de Ses créatures, comme les Chrétiens le pensent pour
Jésus
- paix sur lui -
ou les Hindouistes pour leurs avatars.
Ce qu’il est indispensable de savoir pour un être humain, c’est
qu’Allah
- Exalté soit-Il -
est « ghaniyy » ou « absolument libre de tout besoin
»
[indépendant] de toute chose qu’Il a créée. Il déclare explicitement
dans la sourate al-Ankabout du Saint Qur'an :
 « Certes
Allah peut Se passer de tout l'univers. » Sourate 29 : L'araignée (Al-Ankabut)
verset 6
Allah
- Exalté soit-Il - mentionne Son
attribut de « Ghina » ou « indépendance vis-à-vis de tout ce qui est
créé » dans quelques dix-sept versets du Qur'an. C’est un point central
de la ‘aqida ou dogme islamique, et c’est la raison pour laquelle il
est impossible qu’Allah
- Exalté soit-Il -
soit en Jésus
- paix
sur lui -
ou dans qui que ce
soit d’autre ayant une forme ou un corps : car les corps dépendent de
l’espace et du temps, alors qu’Allah
- Exalté soit-Il - ne dépend d’aucune chose, et n’a
besoin de rien. Ceci est la ’aqida du Qur'an, et les savants musulmans
ont gardé cela à l’esprit pour interpréter d’autres versets ou hadiths.
Si les musulmans lèvent leurs mains vers le ciel quand ils font des
supplications [demandes, invocations] (du’a) à Allah
- Exalté soit-Il -, c’est parce que
le ciel est la qibla pour les du’as, et non parce qu’Allah
- Exalté soit-Il -
occupe cette
direction particulière ; et ce de la même façon que la Kaaba est la
qibla de la prière (salat), sans pour autant que les musulmans ne
croient que c’est dans cette direction qu’est Allah. En fait, Allah
- Exalté soit-Il -
dans Sa Sagesse a fait de la qibla un signe (ayah) de l’unité des
Musulmans, de la même façon qu’il a fait du ciel un signe de Sa
Transcendance et de Son infinie Immensité, et cette signification se
manifeste dans le cœur de tout croyant simplement en regardant le ciel
quand il supplie Allah
- Exalté soit-Il -.

Cela faisait partie de la Sagesse Divine d’inclure ces formulations dans
la sunna prophétique afin d'élever spirituellement les cœurs des gens qui
les entendirent en premier, et de les orienter vers la Transcendance et
l’Immensité d’Allah
- Exalté soit-Il -
par le plus grand et le plus concret des signes
physiques de ces attributs : le ciel visible qu’Allah - Exalté soit-Il -
a élevé au-dessus
d’eux. Beaucoup d’entre eux, surtout quand ils venaient tout juste de
sortir de la jahiliyya ou « période de l’ignorance préislamique »,
étaient très attachés aux réalités physiques et perceptibles, et
avaient du mal à concevoir quoi que ce soit au-delà, comme cela est
attesté par leurs idoles qui étaient des images posées ou élevées sur
le sol. Omar Ibn al-Khattab
-
qu'Allah soit satisfait de lui -
mentionne, par exemple que durant la
jahiliyya, ils pouvaient construire leurs idoles avec des dates, et
plus
tard lorsqu’ils avaient faim, les manger tout simplement. Le langage
que le Messager d’Allah
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - utilisa pour faire accepter à de tels gens la Transcendance
d’Allah le Très Haut était bien entendu composé de termes qu’ils
pouvaient comprendre sans difficulté, et il utilisa l’image du ciel
au-dessus d’eux. L’imam al-Qurtubi, le célèbre exégète du Qur'an du
septième/treizième siècle a dit :
Les hadiths à ce sujet sont nombreux, rigoureusement authentiques, et
bien connus ; et ils indiquent La Transcendance d’Allah, qui ne peut
être reniée par quiconque à part un athée ou un ignorant obstiné. Leur
but est d’attribuer la dignité à Allah et de L’élever au-dessus de tout
ce qui est inférieur et bas, de Le caractériser par l’Exaltation et la
Grandeur, sans lui attribuer un endroit ou une direction particulière
car ce sont des caractéristiques des corps physiques. (Al-Jami li
ahkam al-Qur'an. 20 vols. Le Caire 1387/1967. Edition (20 vols en 10).
Beyrouth : Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 18.216).
A
cet article, un hadith, rapporté par Malik dans son
Muwatta’ et par
Muslim dans son Sahih, dit que Mu'awiya ibn al-Hakam
est venu dire au
Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - :
« Je
sors à peine de la jahiliyya, et maintenant Allah m’a amené à l’Islam,
» puis il lui posa diverses questions sur des pratiques de la
jahiliyya, jusqu’à ce qu’il dise qu’il avait giflé sa jeune esclave, et
demanda s’il devait la libérer, ce qui était obligatoire si elle
était croyante. Le Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - demanda qu’on la lui amène, et lui demanda : « Où est Allah ? » et
elle répondit « Dans le ciel (Fi al-sama) » ; après quoi il demanda : «
Qui suis-je ? » et elle dit : « Tu es le Messager d'Allah » ; et il dit
: « Libérez la, car c’est une croyante » (Sahih Muslim, 5 vols. Le
Caire,
1376/1956. Edition. Beyrouth : Dar al-Fikr, 1403/1983, 1.382: 538)
L’Imam al-Nawawi
dit de ce hadith :
Ceci est l’un des « hadiths des attributs
» à propos duquel les
savants ont deux positions: -
La première est d’avoir foi en ce hadith
sans en discuter le sens, tout en sachant à propos d’Allah que :
 «
Il n'y a rien qui Lui ressemble » Sourate 42 : La consultation (Al-Shura) :
verset 11
et qu’Il transcende les attributs de n’importe laquelle de
Ses créatures. -
La seconde est de l’expliquer au sens figuré d’une
façon
appropriée, les savants qui soutiennent cette position avancent que le but du hadith était de tester la jeune esclave : était-elle
une monothéiste qui affirme que le Créateur, Celui qui Dispose, Celui qui
Fait, est Allah seul et que c'est Lui qui est invoqué quand une
personne adresse sa demande (du’a) en
se tournant vers le ciel - de la
même façon que celui fait la prière (salat) se dirige vers la
Kaaba, car le
ciel est la qibla des suppliants comme la Kaaba est la qibla des
prieurs - ou était-elle une adoratrice des idoles qu'ils plaçaient devant
eux ? Ainsi, lorsqu’elle a dit « dans le ciel », il était clair
qu’elle n’était pas une adoratrice des idoles. (Sahih Muslim bi Sharh
al-Nawawi. 18 vols. Le Caire 1349/1930. Edition (18 vols. en 9). Beyrouth :
Dar al-Fikr, 1401/1981, 5.24).
Il est bon de noter que l’imam al-Nawawi ne mentionne absolument pas la
compréhension littérale du hadith comme une position doctrinale
acceptable. Ceci provoque la surprise aujourd’hui parmi certains
musulmans, qui s’imaginent que ce qui est en jeu est le principe
d’accepter un hadith unique rigoureusement authentique (sahih) comme
preuve en dogme islamique (‘aqida), car ce hadith est l'un
de ces hadiths
dit « unique », qu’on appelle en arabe ahad, « rapporté par une seule
chaîne de transmission », par opposition au (hadith) mutawatir ou «
rapporté par tant de chaînes de transmissions qu’il est impossible
qu’il ait été inventé ».
Pourtant ce n’est pas ce qui est en jeu, car les hadiths de ce type ne
sont considérés acceptables par les savants traditionnels en ‘aqida
Islamique que s’ils remplissent une condition : que l’article de foi
mentionné dans le hadith soit salimun min
al-mu'arada, qu’il y ait «
absence de preuves conflictuelles ». Cette condition n’est pas remplie
par ce hadith particulier pour plusieurs raisons.
Premièrement,
l’histoire décrite dans le hadith nous est parvenue sous plusieurs
autres versions bien authentifiées qui diffèrent largement de la
version « où est Allah ? - Dans le ciel ». L'une d'entre
elles est
rapportée par Ibn Hibban dans son Sahih avec une chaîne de transmission
bien authentifiée (hasan), dans laquelle le Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - a demandé à la jeune esclave :
«
Qui est ton Seigneur ? » à quoi elle répondit : « Allah », puis il
reprit : « Et qui suis-je ? » à quoi elle répondit : « Tu es le
Messager d’Allah », après quoi il déclara : « Libérez-là car c’est une
croyante ». (Al-Ihsan fi taqrib Sahih Ibn Hibban, 18 vols. Beyrouth
:
Muassasa al-Risala, 1408/1988, 1.419: 189).
Dans une autre version, rapportée par Abd al-Razzaq avec une chaîne de
transmission rigoureusement authentique (sahih), le Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - lui a demandé :
« Témoignes-tu
qu’il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah ? » et elle répondit
que oui. Il
lui demanda : « Témoignes-tu que je suis le messager d’Allah ? » et elle
acquiesça une nouvelle fois. Il dit alors « Libérez-la ! »
(Al-Musannaf, 11 vols. Beyrouth
: al-Majlis al-Ilmi, 1390/1970, 9.175:
16814).
Dans d’autres versions, la jeune esclave ne peut pas parler, mais juste
pointer le ciel en guise de réponse. Ibn Hajar al-Asqalani a dit des
différentes versions de ce hadith, qu’ « il y
a une grande
contradiction dans les termes employés » (Talkhis al-habir, 4 vols. en
2. Le Caire : Maktaba al-Kulliyat al-Azhariyya, 1399/1979, 3.250). Quand un
hadith a beaucoup de versions conflictuelles, il y a une forte
probabilité qu’il n’ait été rapporté que par rapport à
ce qu'un ou
plusieurs des narrateurs en ont compris (riwaya bi al-ma’na), et donc
l’une des versions n’est pas adéquate pour établir un point de ‘aqida.
Deuxièmement, cette dernière considération est particulièrement
applicable au sujet en question car le Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - a explicitement détaillé les
piliers de la foi islamique (iman) dans un hadith rapporté dans le
Sahih Muslim où il répond aux questions de l’ange Gabriel
- paix sur lui -, et dit :
La foi (iman) est de croire en Allah, en Ses anges, Ses Livres, Ses
Messagers, au Jour Dernier, et de croire en la destinée (qadar) qu’elle
soit bonne ou mauvaise.
(Sahih Muslim, 1.37)
et
il n’a pas mentionné quoi que ce soit à propos de la croyance
qu'Allah
- Exalté soit-Il -
serait «
dans le ciel ». Si cela avait été un test décisif pour déterminer la
foi d’un musulman (comme pourrait le laisser entendre le hadith « dans
le ciel »), il aurait été obligatoire que le Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - le mentionne dans ce hadith-ci,
car son but est de définir ce qu’est la foi (al-iman).
Troisièmement, si l’on prend ce hadith comme
signifiant qu’Allah
- Exalté soit-Il -
est
littéralement « dans le ciel », cela entre en conflit avec d’autres
hadiths également sahih qui ont à priori autant le droit d’être pris
littéralement ; comme le hadith qudsi rapporté par al-Hakim dans lequel
Allah
- Exalté soit-Il - dit :
Je suis avec Mon serviteur qui M’invoque et
ses lèvres bougent avec Moi. (Al-Mustadrak ala al-Sahihayn. 4 vols.
Hyderabad, 1334/1916. Edition (avec index vol. 5). Beyrouth : Dar
al-Marifa, n.d., 1.496),
un hadith qu’al-Hakim dit rigoureusement
authentique (sahih), ce qu’al-Dhahabi a confirmé. Ou encore le hadith
rapporté par al-Nasa'i, Abu Dawud, et Muslim, qui dit :
Le moment où
le serviteur est le plus proche de son Seigneur est lors de la
prosternation. (Sahih Muslim, 1.350: 482)
alors que si Allah
- Exalté soit-Il -
était
littéralement « dans le ciel », le moment où le serviteur serait le plus proche
de Lui serait quand il se tient debout. Ou encore le hadith rapporté
par al-Bukhari dans son Sahih, dans lequel le Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - interdit de cracher devant soi
pendant la prière, parce que quand une personne prie « son Seigneur est
devant lui » (Sahih al-Bukhari, 1.112: 406). Pour finir, dans les hadith
à propos du Mi’raj ou « Voyage Nocturne », l’ange Gabriel
- paix
sur lui - a fait
visiter au Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - chacun des sept cieux (samawat), et il n’est mentionné qu’Allah
- Exalté soit-Il -
n'ait été dans aucun d'eux.
Quatrièmement, l’interprétation littérale disant qu’Allah
- Exalté soit-Il -
serait « dans
le ciel » entre en contradiction avec deux fondements de la ‘aqida
telle qu’elle a été établie par le Qur'an. Le premier est l’attribut d’Allah «
mukhalafa li al-hawadith
», ou « non-ressemblance aux créatures
en quelque façon que ce soit », comme Allah
- Exalté soit-Il -
le déclare dans la sourate al-Shura
:
 «
Il n'y a rien qui Lui ressemble
» Sourate 42 : La consultation (Al-Shura) verset 11
alors que s’Il était « dans le ciel » il y aurait
d’innombrables choses qui Lui ressembleraient en termes d’altitude,
de position, de direction, etc. Le second fondement que cela contredirait,
comme mentionné plus haut, est l’attribut de « ghina » d’Allah
- Exalté soit-Il -, ou «
l’indépendance vis-à-vis de tout ce qui est créé », ce qu’Il affirme
dans de nombreux versets du Qur'an. Il est impossible qu’Allah
- Exalté soit-Il -
soit une
entité corporelle car les corps ont besoin d’espace et de temps, alors
qu’Allah
- Exalté soit-Il - n’a besoin d'absolument de rien.
Cinquièmement,
l’interprétation littérale de « dans le ciel » impliquerait que le ciel
entourerait Allah
- Exalté soit-Il -
de tous côtés et donc qu’Allah
- Exalté soit-Il -
serait plus petit que
lui, et que celui-ci serait plus grand qu’Allah
- Exalté soit-Il - ce qui est, bien évidement,
complètement aberrant.
Pour ces raisons et d’autres, les savants Musulmans se sont vus obligés
d’interpréter le précédent hadith et d’autres textes contenant des
figures de style similaires au sens figuré, en conformité avec
l’utilisation de la langue arabe. Considérons le verset coranique :
 «
Etes-vous à l'abri que Celui qui est au ciel vous
enfouisse dans la terre ? Et voici
qu'elle tremble ! » Sourate 67 : La royauté (Al-Mulk)
verset 16
pour lequel nous pouvons donner les exemples de tafsir ou « exégèse coranique » suivants :
Al-Qurtubi : Les savants
les plus exigeants soutiennent que [« dans le ciel »] signifie en fait
: « Etes-vous à l’abri de Celui qui est au-dessus du ciel » - de la
même façon qu’Allah dit :
 « Voyagez dans la terre » Sourate 9 : Le
repentir (Al-Tawba)
verset 2
ce qui
signifie voyagez sur la terre – pas au-dessus du ciel en terme de
contact physique ou de spatialisation, mais en terme de pouvoir
omnipotent et de contrôle sur lui. Une autre position est de dire que
cela signifie : « Etes-vous à l’abri de celui [qui est] sur (‘ala) le
ciel » de la même façon que l’on dit, « untel [règne] sur l’Iraq et sur
le Hijaz », ce qui signifie qu’il en est le gouverneur et le
commandant. (Al-Jami li ahkam al-Qur'an, 18.216).
Al-Shirbini al-Khatib :
Il y a différents aspects quant à l’interprétation de « Celui qui est
dans le ciel », l'un
d'eux est que cela signifierait : « Celui dont le
royaume est dans le ciel », car c’est le lieu de résidence des anges,
et c’est là que se trouvent Son Trône, Son Kursi et la Table Gardée ;
et de là descendent Ses Décrets, Ses Livres, Ses commandements et Ses
interdictions. Une seconde interprétation possible est que « Celui qui
est dans le ciel » omette la première partie d’une construction
ascriptive (idafa), en d’autre termes : « Etes vous à l’abri du
Créateur de ceux qui sont dans le ciel » ce qui signifierait les anges
qui résident au ciel, car ils sont ceux à qui il est commandé de
dispenser la Miséricorde ou la Vengeance Divine. (al-Siraj al-Munir. 4
vols. Bulaq 1285/1886. Edition. Beyrouth : Dar al-Marifa, n.d., 4.344).
Fakhr al-Din al-Razi : «
Celui qui est dans le ciel » pourrait faire référence à l’ange qui est
chargé d’infliger les châtiments divins ; lequel est Gabriel ;
les mots « vous enfouisse dans la terre » signifiant : « par le
commandement d’Allah et
avec Sa permission » (Tafsir al-Fakhr al-Razi. 32 vols.
Beyrouth 1401/1981. Edition (32 vols. en 16). Beyrouth : Dar al-Fikr,
1405/1985, 30.70).
Abu
Hayyan al-Nahwi : Ou le contexte de ces mots pourrait suivre les
convictions de ceux à qui ils sont adressés [les mécréants], car ils sont
anthropomorphistes. Donc la signification serait : « Etes-vous à
l’abri de Celui que vous prétendez être dans le ciel - alors qu’Il
est exalté au-dessus de tout lieu - ? » (Tafsir al-nahr al-madd min
al-Bahr al-muhit. 2 vols. en 3. Beyrouth : Dar al-Janan and Muassasa al-Kutub al-Thaqafiyya, 1407/1987, 2.1132).
Qadi Iyad : Il n’y a pas
de désaccord parmi les musulmans, du premier jusqu'au dernier - leurs savants
de la jurisprudence, leurs savants du hadith, leurs savants en théologie, à la
fois ceux capables d’un effort de déduction scientifique et ceux qui suivent la
doctrine d’un autre – que les preuves scripturaires qui mentionnent
qu’Allah serait « dans le ciel », comme Ses mots : «
Etes-vous à l'abri que Celui qui est au ciel vous enfouisse en la terre
»
et d’autres, ne sont pas tels que leur sens littéral (dhahir) semble
signifier, mais plutôt, tous les savants les interprètent autrement que
dans leur sens apparent. (Sahih Muslim bi Sharh al-Nawawi, 5.24).
Prenons
maintenant un dernier exemple, le hadith rapporté par
Muslim où le Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - a dit :
Votre Seigneur Béni et Exalté descend chaque nuit jusqu’au ciel de ce
monde, au moment du dernier tiers de la nuit, et dit : « Qui M’invoque
pour que Je lui réponde ? Qui Me demande pour que Je l’exauce ? Qui
cherche Mon pardon pour que Je le lui accorde ? » (Sahih Muslim, 1.521:
758).
Ce hadith, si on prend le temps d’y réfléchir, ne traite pas de ‘aqida,
mais il s’agit plutôt d’établir un point pratique, à savoir que nous
sommes supposés faire un acte particulier dans le dernier tiers de la
nuit : se lever et prier. C’est pourquoi quand l’Imam al-Nawawi a donné
les noms actuels aux titres du Sahih Muslim, ce hadith a été placé sous
le chapitre : « Incitation au désir de faire des supplications (du’as)
et de se rappeler Allah (Dhikr) dans le dernier tiers de la nuit, et la
réponse qui s’ensuit ». Quant à la signification
de « descend » dans le hadith, al-Nawawi explique :
C'est un des « hadiths des Attributs », et il y a deux positions à
ce sujet, comme il a été susmentionné dans le « Livre de la Foi (iman) ». Pour résumer, la première
position, qui est la doctrine de la majorité des premiers musulmans et de
certains théologiens, est que l’on devrait croire en la véracité de ce hadith
d’une manière convenable vis-à-vis d’Allah, tandis que son sens littéral, tel que nous le connaissons et tel qu’il s’applique
à nous, n’est pas le sens voulu, tout en ne discutant pas du sens figuré non
plus, bien que nous croyons qu’Allah transcende toute
similitude aux choses créées, comme le
changement de position, le mouvement, ou tout autre attribut des choses
créées.
La seconde position, qui est celle de la plupart des théologiens, de groupes
entiers parmi les premiers musulmans (salaf), et qui est rapportée de
Malik et al-Awza'i, est que de tels hadiths doivent être interprétés au sens
figuré d’une manière appropriée en les prenant dans leur contexte. Selon cette
école de pensée, on interprète ce hadith de deux façons. La première est celle
de Malik ibn Anas et d’autres, qui est de dire que cela [« votre Seigneur
descend »] signifie que « Sa Miséricorde, Ses Ordres, et Ses anges descendent, »
de la même façon que l’on dit « le sultan a fait ceci ou cela » alors que ce
sont ses serviteurs qui ont fait ces choses en suivant ses ordres. La
seconde est de dire qu’il s’agit d’une métaphore montrant l’intérêt [d’Allah]
pour ceux qui font des supplications, en leur répondant et en faisant preuve de
bonté envers eux.
(Sahih Muslim bi Sharh al-Nawawi, 6.3637).
Le savant du hadith Ali al-Qari dit de ce hadith sur la « descente » d’Allah
- Exalté soit-Il -
:
Nous savons que Malik et al-Awza'i, qui sont
parmi les meilleurs des premiers musulmans, ont tous deux donné une
interprétation métaphorique détaillée à ce hadith… Un autre d’entre
eux était Ja'far al-Sadiq. Il est vrai que bon nombre d’entre eux [les
premiers musulmans], ainsi que des savants ultérieurs, ont dit que
quiconque croit qu’Allah est dans une direction physique précise est un
mécréant, comme l'affirme explicitement al-Iraqi, en disant que
c'était la
position de Abu Hanifa, Malik, al-Shafi’i, al-Ash'ari et al-Baqillani.
(Mirqat al-mafatih: sharh Mishkat al-masabih. 5 vols. Le
Caire 1309/1892.
Edition. Beyrouth : Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 2.137).
Il est bon de rappeler qu’al-Iraqi était un Hafiz ou «
maître en hadith
», quelqu’un qui connaissait plus de 100 000 hadiths par cœur ; quant à
Ali al-Qari, il était une autorité du hadith qui a produit des ouvrages
de référence qui sont encore utilisés aujourd’hui pour les hadiths
inventés. En d’autres termes, chacun d’eux avait les plus hautes
autorisations pour vérifier les chaînes de transmissions des avis
qu’ils rapportent. Pour cette raison, leur transmission de l’avis selon
lequel est mécréant celui qui assigne une direction à Allah pèse lourd
sur la balance.
Mais peut-être est-il préférable aujourd’hui de dire que les musulmans
qui croient que Allah
- Exalté soit-Il -
est, d’une certaine façon, « là-haut » ne sont
pas des mécréants. En effet ils ont la shubha ou la « circonstance
atténuante » que de nos jours certains partis fortunés soutiennent
agressivement la bid’a de l’anthropomorphisme. Cette bid’a était, dans
les siècles précédents, confinée à une poignée de Hanbalites, qui ont
été repoussés avec force par les ulémas de Ahl al-Sunna comme Abd al-Rahman Ibn al-Jawzi (m. 597/1201) qui s’est adressé à ses pairs
Hanbalites dans son Daf shubah al-tashbih bi akaff al-tanzih
[réfutation des insinuations d’anthropomorphisme à la vue de la
transcendance Divine] en ces termes :
Si vous aviez dit: « Nous ne faisons que lire ces hadiths et nous
restons silencieux », personne ne vous aurait condamnés. Ce qui est
honteux c’est que vous les interprétiez littéralement. N’introduisez
pas subrepticement dans le madhhab de cet homme droit parmi les
premiers musulmans [Ahmad ibn Hanbal] ce qui n’en fait pas partie. Vous avez
revêtu ce madhhab d’une disgrâce honteuse, à tel point qu’on ne peut
presque plus dire Hanbalite sans dire anthropomorphiste. (Daf shubah al-tashbih bi akaff al-tanzih. Le
Caire n.d. Edition Le Caire : al-Maktaba al-Tawfiqiyya, 1396/1976, 2829).
Ces croyances ont apparemment survécu pendant des siècles dans le
Khorasan, l’Afghanistan et ailleurs en Orient, car l’Imam al-Kawthari
note que le Hanbalite Ibn Taymiyya (m. 728/1328) a rassemblé les détails
les concernant depuis des manuscrits sur les sectes (nihal) quand les
bibliothèques des savants entrèrent à Damas en même temps que les
caravanes fuyant les mongoles venant de l’Est. Il les a lu sans avoir
un professeur perspicace pour le guider, et a cru en ce qu’il en
avait compris, et s’en est fait l’avocat dans ses propres ouvrages. (al-Kawthari, al-Sayf al-saqil fi al-radd ala Ibn Zafil. Le
Caire 1356/ 1937. Edition. Le Caire : Maktaba al-Zahran, n.d. 56).
Il fut emprisonné de nombreuses fois pour ces idées avant sa mort, car les oulémas de Damas l’accusaient d’anthropomorphisme. (al-Asqalani, al-Durar al-kamina fi ayan al-mia al-thamina. 4 vols. Hyderabad 134950/193031. Edition. Beyrouth
: Dar Ihya al-Turath al-Arabi, n.d., 1.155).
Des écrits ont été signés par Abu Hayyan al-Nahwi (m.745/1344), Taqi
al-Din al-Subki (m.756/1355), Badr al-Din Ibn Jama'a (m.733/1333), al-Amir
al-Sanani, l’auteur de Subul al-salam (m.1182/1768), Taqi al-Din
al-Hisni, l’auteur de Kifayat al-akhyar, (d.829/1426), et Ibn Hajar
al-Haytami (d.974/1567) en réfutation de sa ‘aqida, et elle est restée
non acceptée par les musulmans pendant encore quatre cents ans jusqu’au
mouvement Wahhabite du dix huitième siècle, lequel suivait Ibn Taymiyya
sur certains points de ‘aqida, et l’a déclaré son « Cheikh de l'Islam ».
Mais ce ne sera pas avant l’arrivée de l’imprimerie dans le monde arabe
que les livres d’Ibn Taymiyya (et les dogmes de ce groupe) ont
vraiment vu la lumière du jour, quand un riche marchand de Jedda
commissionna l’impression de son Minhaj al-Sunna et d’autres de ses
ouvrages sur la ‘aqida en Egypte à la fin du siècle dernier, ressuscité
cette fois sous le nom de Salafisme ou « retour à l’Islam des débuts ».
Ils ont de là été exportés aux quatre coins du monde islamique,
propulsés par le financement généreux d’un ou deux pays musulmans modernes, dont
les efforts ont rempli les mosquées de livres, de pamphlets, et de jeunes gens
qui répandent ces idées et même les attribuent (grâce aux chaînes de transmissions
douteuses d’Ibn Taymiyya) aux Imams des premiers temps de l’Islam. Mon
avis concernant la question de considérer ces musulmans croyants ou mécréants,
est que tout cet argent peut financer l’influence et la propagande qui
transforment le jour en nuit et la nuit en jour ; ainsi, les musulmans contemporains
peuvent-ils probablement être excusés de ce genre d’idées, du moins jusqu'à ce qu’ils
aient eu la chance d'apprendre que le Dieu de l’Islam est par Sa transcendance bien
au-dessus d’être un immense homme, et que, de la même façon, Sa transcendance Le place
au-dessus d’être sujet au temps ou à l’espace, qui ne sont que deux de Ses créatures.
Pour résumer ce qui a été
répondu à la question ci-dessus :
Les savants
prennent les textes fondamentaux du Qur'an et de la sunna littéralement
sauf s’il y’a une raison pertinente de ne pas le faire. Dans le cas de
la « descente » d’Allah
- Exalté soit-Il -
ou du fait qu’il serait « dans le ciel », il y
a de nombreuses raisons de ce type :
Premièrement, une interprétation
littérale de ces textes les rendrait incompatibles entre eux, ainsi
qu’avec les nombreux textes rigoureusement authentiques disant
qu’Allah
- Exalté soit-Il -
est « avec » Son serviteur quand il fait du dhikr, «
plus
proche de vous que votre veine jugulaire » (50:16), « devant lui »
quand il prie, « le plus proche » de lui quand il est prosterné, « dans
le ciel » quand on a interrogé la jeune esclave, «
avec vous où que
vous soyez » (58:4), etc. Ils sont incompatibles entre
eux quand on les prend
littéralement, et ne deviennent concordants que si on les
prend au sens figuré, comme Malik, al-Awza'i, et al-Nawawi l’ont fait
plus haut.
Deuxièmement, le Prophète
-
que
la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - a détaillé les points auxquels doivent croire tous les musulmans
dans le hadith de Gabriel dans le Sahih Muslim et dans d’autres, et il
n’a
mentionné le croyance qu’Allah
- Exalté soit-Il -
soit « dans le ciel » (ou dans
un quelconque autre endroit) dans aucun d’eux.
Troisièmement, le fait qu’Allah
- Exalté soit-Il -, comme les
oiseaux, les nuages etc. soit « dans le ciel » dans un sens littéral
entre en contradiction avec la ‘aqida du Qur'an que :
 «
Il n'y a rien qui Lui ressemble
» Sourate 42 : La consultation (Al-Shura) verset 11
Quatrièmement, la notion qu’Allah soit dans un endroit
précis entre en contradiction avec la ‘aqida exprimée dans dix-sept
versets du Qur'an : qu’Allah
- Exalté soit-Il -
est indépendant de tout besoin, alors que
les choses qui occupent un endroit ont besoin à la fois
d’espace et de temps.
Ces raisons ne sont pas exhaustives, mais entendent répondre à votre
question en mettant en lumière la ‘aqida et les principes des ulémas
traditionnels dans l'interprétation du genre de textes dont nous parlons.
Elles montrent tout simplement à quel point la croyance qu’Allah
- Exalté soit-Il -
est
dans le ciel dans un sens littéral est éloignée de l’islam
traditionnel, et pourquoi il n’est pas admissible qu’un musulman le
pense.
Et
c’est Allah seul qui accorde le succès.
Traduit
de l'anglais du site : sunnipath.com
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