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 Au
Nom d'Allah Le Tout-Miséricordieux Le Très-Miséricordieux
Lettre ouverte
à celui
qui critique le Soufisme

Si j'écris ces lignes, c'est avec l'espoir que par elles,
Dieu te délivre de ce mal qui te frappe ; ou qu'Il délivre tes semblables, ou
toute personne qui trouve plaisir à lire ton triste « Miroir » ou se réjouit
d'assister à tes affligeants discours. Je m'en vais donc te signaler ces «
poutres » dont tu aurais pu oublier qu'elles obstruaient ta vue, si Dieu ne les
avait pas assez mises en évidence au moyen de ton « Miroir »
!
En premier lieu, tu introduis ton ramassis
d'atteintes à l'honneur des musulmans par la citation suivante :
 Louange à Dieu qui nous a guidés vers cela
; nous n'aurions pu suivre la bonne direction s'il
ne nous avait guidés. Sourate 7 : Al-Araf
verset 43.
Je ne sais quelle était ici ton intention
: voulais-tu simplement bénéficier de la bénédiction attachée à ce noble verset,
ou bien s'agissait-il d'insinuer que ces atteintes à l'honneur des gens du
Souvenir et de leurs semblables, auxquelles Dieu t'a conduit, relèvent de la
guidance divine ? Dans le premier cas, c'est très bien ! Mais sinon, sache que
la guidance ne peut prendre la forme d'une critique calomnieuse des gens de
Dieu, sauf lorsque « guidance » prend le sens qu'il a dans cette Parole de Dieu
- exalté soit-II - :
 Guidez-les alors sur le chemin de l'Enfer, Sourate 37 : Les rangés (As-Saffat)
verset 23.
ou dans d'autres passages
semblables.
Tu as bien raison d'appeler ton
ouvrage « Le Miroir manifestant les égarements » : ce titre correspond
admirablement à son contenu ! Ton « Miroir » met effectivement en évidence ce
qui t'habite, et sans lui, qui pourrait constater ton égarement ?
L'écrit est à l'image de l'intelligence,
et l'intérieur
transparaît dans le discours.
Un peu plus loin, tu entames une rubrique intitulée « Introduction
au sujet du commandement du bien et de l'interdiction du mal », dans laquelle,
sous prétexte d'appliquer ce précepte coranique, tu réunis ces quelques
références scripturaires qui te servent de subterfuge pour porter atteinte à
l'honneur des croyants. Mais devant Dieu, cela ne te servira à riens : de
quelque façon qu'on l'habille, la médisance reste la médisance. Même en
admettant que tu n'aies souhaité qu'arranger les choses, ta prose témoigne de
ton incapacité à distinguer entre le bien et le mal : cela est excusable, mais
pas de la part de quelqu'un qui entreprend de commander et d'interdire
!
Quelle que soit la façon d'envisager ton
cas, tu es loin d'être au dessus de tout soupçon. Si
tu ne savais pas, c'est un mal en soi que d'être ignorant, mais si tu savais, le
mal n'en est que plus grand.
Si tu n'as pas
une intuition claire de ce qui distingue le bien du mal, comment peux-tu
ordonner ceci et rejeter cela ? Avant de te prononcer sur un sujet quelconque,
tu dois t'en faire une juste conception, le jugement particulier n'étant que
l'application de celle-ci. Et lorsque tu tranches, tu ne dois le faire que selon
le jugement de Dieu, ordonnant ou interdisant suivant les ordres et interdits
divins. Scrupuleux à l'extrême, tu dois t'abstenir de parler de la religion
selon ton opinion ou de prononcer des interdits en fonction de tes
préférences. Dieu - exalté soit-Il - n' a-t-Il pas dit :
 Ceux qui ne jugent pas d'après ce que Dieu
a révélé, ceux-là sont les injustes
! Sourate 5 : La table servie (Al-Maidah)
verset 45.
As-tu bien appliqué cela, toi qui viens interdire ceci, blâmer
cela, déclarer tel groupe dans l'égarement et traiter tel autre d'innovateur ?
Ton attitude avec Ses créatures ne témoigne pas d'une grande crainte de Dieu,
pas plus que ton respect pour Muhammad ne transparaît dans ton
comportement envers sa communauté !
Tu crois
pouvoir ordonner le bien et interdire le mal, mais en es-tu bien digne ? Le
Prophète - sur lui
la grâce et la paix - a dit :
«
Seul peut commander le bien ou interdire le mal celui qui fait preuve de douceur
lorsqu'il ordonne ou interdit ; celui qui est patient et intelligent lorsqu'il
ordonne ou interdit ; celui qui connaît et comprend [véritablement] les règles
religieuses lorsqu'il ordonne ou interdit.
»
La première
partie du hadîth signifie - mais Dieu est plus savant - qu'il ne formule ordres
et interdits qu'avec douceur : c'est exactement le contraire de ce que tu as
fait dans ton « Miroir », ô Shaykh ! Tu aurais mieux fait de t'abstenir de toute
initiative tant que tu ne connaissais pas les conditions d'exercice de cette
fonction, telles que Dieu les a fixées : cela t'aurait permis d'entrer dans la
maison [du commandement du bien et de l'interdiction du mal] par sa
porte.
N'as-tu jamais entendu l'histoire de ce
jeune homme qui vint trouver le Prophète - sur lui la
grâce et la paix -, lui demandant d'une voix forte :
« Ô Envoyé de Dieu, me permets-tu d'avoir des relations
sexuelles en dehors du mariage ? » [Scandalisés,] les gens poussaient des
exclamations, mais le Prophète ordonna soudain : « Laissez-le, laissez-le ! »
Puis il lui demanda d'approcher et lui dit avec douceur : « Aimerais-tu qu'on
fasse une chose pareille avec les femmes de ta famille ? », et il se mit à
énumérer ses proches parentes : sa mère, sa soeur et son épouse ; à chaque fois,
le jeune homme répondait : « Non, ça ne me plairait pas ! » Le Prophète conclut
alors : « Eh bien, les gens sont comme toi ; ils n'aiment pas que l'on fasse
cela avec les femmes de leur famille. » Puis il mit sa noble main sur sa
poitrine et fit cette invocation : « Mon Dieu, purifie son coeur, pardonne lui
sa faute, et préserve sa chasteté. »
Par la suite,
nulle chose ne parut plus répugnante à ce jeune homme que la
fornication.
Les récits de ce genre sont
nombreux dans l'histoire de la vie du Prophète et de ses Compagnons. Il y a
notamment l'anecdote bien connue du bédouin qui urina dans un coin de la
mosquée. D'un seul bond, les Compagnons se levèrent pour l'expulser sans
ménagement, mais le Prophète - sur lui
la grâce et la paix - les en empêcha et couvrit l'homme de son manteau,
lui disant [même l de ne pas se presser. Lorsqu'il en eut terminé, le bédouin
s'écria :
«
Mon Dieu, accorde-nous Ta miséricorde, à Muhammad et à moi-même, mais ne
l'accorde à personne d'autre ! » Le Prophète dit alors : « Tu limites là quelque
chose d'immense, ô bédouin ! »
Mais toi et moi, avons-nous d'aussi nobles manières ? La douceur
ne fait qu'embellir les choses tandis que la brutalité ne fait que les enlaidir.
Voilà une partie de ce que l'on pouvait dire à propos du fait d'ordonner et
d'interdire avec douceur.
Quant aux qualités
de patience et d'intelligence que doit avoir celui qui ordonne ou interdit,
elles ont généralement un effet bénéfique sur la personne à laquelle il
s'adresse, car elles supposent une réelle sollicitude pour cette dernière. La
Révélation y fait ainsi allusion :
 Plein de sollicitude envers vous, bon et
miséricordieux à l'égard des croyants. Sourate 9 : Le repentir (At-Tawbah)
verset 128.
Ne pas chercher à avoir le dessus
lorsqu'on refuse de vous écouter ou qu'on vous fait subir des revers en raison
de ce que vous ordonnez et interdisez : voilà un signe de patience et
d'intelligence ! Sais-tu qu'au moment où l'une de ses dents fut brisée [au cours
de la bataille d'Uhud], le Prophète - sur lui
la grâce et la paix - se contenta de dire :
«
Mon Dieu, pardonne à mon peuple car ils ne savent pas »
Mais peut-être n'es-tu
pas d'un naturel clément ? Dans ce cas, ton devoir est d'acquérir cette qualité
autant que faire se peut, en vertu de cette parole du Prophète - sur lui
la grâce et la paix - :
« La
science s'acquiert par l'étude, et c'est en s'efforçant d'être clément
(tahallum) qu'on réalise cette vertu.
»
N'as-tu jamais
entendu cette parole de Jésus
- sur lui la paix -
à propos des destinées de son peuple après lui, telle que nous la rapporte le
Coran : Si Tu les châties... Ils ne sont que Tes serviteurs. Et si Tu leur
pardonnes... Tu es, en vérité, le Tout Puissant, le Sage'. Considère
l'excellence de cette parole et la bienveillance dont elle témoigne ! Pourtant,
en dépit de l'associationnisme dont son peuple se rendit coupable par la suite,
il n'a pas été jusqu'à dire ce que, toi, tu as affirmé des gens de la communauté
d'Ahmad : qu'ils sont les pires créatures
; et ceci, simplement parce que d'après toi, c'est pécher que de vénérer les
saints. Ton coeur est dur, et tu es sans pitié pour les croyants : voilà la
véritable raison de tes allégations ! Jâbir lbn `Abdallâh rapporte du Prophète
- sur lui
la grâce et la paix - la parole suivante :
« Qui n'est pas miséricordieux envers les hommes, Dieu ne le sera pas à son égard. »
C'est donc une qualité particulière que doit avoir
celui qui ordonne ou interdit.
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