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Au Nom d'Allah Le Tout-Miséricordieux Le Très-Miséricordieux


PREMIERE PARTIE :

De ce qui peut inciter au mariage,

ou en détourner.

 

Sache que les savants sont partagés quant aux mérites du mariage : certains en exagèrent l'importance, au point d'affirmer qu'il est plus méritoire de se marier que de s'isoler en vue d'adorer Allah ; d'autres au contraire en reconnaissent les vertus, mais situent cependant la retraite spirituelle au-dessus du mariage - à moins que l'on aspire à celui-ci et au commerce charnel au point d'en avoir l'esprit troublé. D'autres encore estiment que s'il y avait en d'autres temps grand profit à se marier, mieux vaut aujourd'hui s'en abstenir, à cause de la difficulté qu'il y a d'acquérir des gains licites et des moeurs dépravées de nos contemporaines. On voit donc que le jour ne peut être fait sur ce sujet que si l'on expose d'abord ce que les sources traditionnelles rapportent à l'appui de cette institution ou à son détriment. Puis il faudra en étudier les avantages et les inconvénients, et alors seulement on pourra clairement conclure en quelles circonstances le mariage peut être profitable ou non, selon que les personnes peuvent s'estimer à l'abri de ses inconvénients.


De ce qui peut inciter au mariage

  • Sources coraniques :

Allah  dit dans le Coran :

" Mariez les célibataires qui sont parmi vous "

Sourate 24 : La lumière (An-Nur) verset 32.

et cette parole constitue un ordre. Il dit également :

" O les croyants! Il ne vous est pas licite d'hériter des femmes contre leur gré. Ne les empêchez pas de se remarier dans le but de leur ravir une partie de ce que vous aviez donné, à moins qu'elles ne viennent à commettre un péché prouvé. Et comportez-vous convenablement envers elles. Si vous avez de l'aversion envers elles durant la vie commune, il se peut que vous ayez de l'aversion pour une chose où Allah a déposé un grand bien. "

Sourate 4 : Les femmes (An-Nisa') verset 19.

ce qui constitue une interdiction de s'opposer au mariage d'une femme ('adl). Allah  dit d'autre part, en décrivant les Envoyés et en en faisant l'éloge :

" Nous avons déjà envoyé des prophètes avant toi,
leur donnant des épouses et des descendants. "


Sourate 13 : Le tonnerre (Ar-Raad) verset 38.
 

s'II mentionne ce détail, c'est bien pour mettre en valeur la grâce et la faveur qui s'y rattachent. Et lorsqu'Il fait l'éloge de Ses saints, c'est entre autres parce qu'ils demandent le mariage dans leurs invocations :

et qui disent: "Seigneur, donne-nous, en nos épouses et nos descendants, la joie des yeux, et fais de nous un guide pour les pieux".

Sourate 25 : Le discernement (Al Furqane) verset 74.


 

  • Paroles du Prophète (akhbâr)

Le Prophète - sur lui la grâce et la paix - a dit notamment :

"Le mariage fait partie de ma Coutume (Sunna).
Qui se détourne de ma Coutume s'est d'ores et déjà détourné de moi."

Il a dit également - sur lui la grâce et la paix - :

"Le mariage fait partie de ma Coutume.
Que celui qui aime ma nature (fitra) s'applique à observer ma Coutume."

Il a dit aussi - sur lui la grâce et la paix - :

"Mariez-vous, vous vous multiplierez ;
et au jour de la Résurrection, je tirerai fierté de votre grand nombre
devant les autres communautés, y compris de l'enfant mort-né."

Il a dit encore - sur lui la grâce et la paix - :

"Quiconque se détourne de ma Coutume n'est pas des miens.
Or, le mariage fait partie de ma Coutume ; que celui qui m'aime
s'applique à observer ma Coutume!"

Et aussi :

"Celui qui, par crainte de la pauvreté,
s'abstient de se marier n'est pas des nôtres."

Remarquons cependant que dans cette dernière parole, c'est le prétexte avancé qui est blâmé, et non le fait de s'abstenir en lui-même.

Le Prophète - sur lui la grâce et la paix - a dit encore :

"Que celui qui vit à son aise prenne femme !"

Et aussi :

"Celui d'entre vous qui est en mesure de se marier, qu'il le fasse car le mariage permet de préserver la chasteté du regard, et de mener une vie sexuelle vertueuse (litt. : détourne le regard et protège le sexe). Quant à celui qui n'est pas en mesure de se marier, qu'il multiplie les jours de jeûne, car il produira sur lui les effets d'une castration (wijâ)."

Cette parole indique donc qu'une des principales raisons qui peuvent pousser à se marier est la crainte de tomber dans la corruption de l'oeil ou du sexe. Quant au mot wijâ, il signifie: "castrer un étalon en écrasant ses testicules, jusqu'à disparition de sa virilité". C'est une image éloquente pour traduire l'incapacité où l'on est d'avoir des relations sexuelles lorsque l'on jeûne.

Le Prophète - sur lui la grâce et la paix - a dit aussi :

"Si vous rencontrez une personne dont la pratique religieuse (litt : la religion) et la loyauté vous agréent, donnez-la en mariage [à quelque parente] ! Car, ajouta-t-il en récitant le verset, si vous ne le faites pas, il y aura la sédition sur terre, ainsi qu'une grande corruption."

Il a dit également :

"Qui contracte mariage en vue d'Allah , et donne en mariage en vue d'Allah , est bien digne de l'amitié (willaya) d'Allah !"

Et il a dit aussi - sur lui la grâce et la paix - :

"Celui qui prend une épouse a d'ores et déjà préservé la moitié de sa religion. Qu'il craigne Allah en ce qui concerne l'autre moitié !"

On voit ici qu'un des principaux mérites du mariage est de préserver l'homme de la transgression, en lui épargnant la débauche ; car dans la majorité des cas, qu'est-ce qui vient corrompre la religion de l'homme, si ce n'est son ventre et son bas-ventre ? Or le mariage le protège de l'une de ces sources de tentation. Et enfin, le Prophète - sur lui la grâce et la paix - a dit :

"Toutes les oeuvres des fils d'Adam ont une fin, à l'exclusion de trois d'entre elles: un fils pieux qui fait des invocations en faveur de son père défunt... (et ainsi de suite jusqu'à la fin du hadîth)." Or, on n'a de filiation [licite] que par le mariage. "

 

 

  • Paroles de Compagnons et de saints personnages (âthâr)

'Umar [ibn al-Khattâb] - qu'Allah soit satisfait de lui - a dit :

"Il n'y a rien, en dehors de la débauche ou de l'impuissance,
qui puisse empêcher le mariage."

On voit ici à l'évidence que la religion ne constitue en rien un obstacle au mariage, et que seuls peuvent s'y opposer deux facteurs de trouble bien déterminés (litt. : deux raisons blâmables).

Ibn 'Abbâs - qu'Allah soit satisfait du père et du fils - a dit :

"La dévotion de celui qui se consacre à Allah n'est parfaite
que lorsqu'il est marié."

On peut conclure de cette parole qu'Ibn 'Abbâs mettait le mariage au rang d'une dévotion complémentaire ; mais il semble plus probable que ce qu'il entendait par là, c'est qu'à cause de l'empire que la sensualité peut avoir sur le cœur du dévot, celui-ci ne trouve la paix que lorsqu'il a libéré son coeur de tout ce qui peut le troubler et le distraire d'Allah . C'est pour cela que ce même Compagnon réunit ses serviteurs 'Ikrimah, Karîb, ainsi que d'autres [jeunes gens de leur âge] dès qu'ils eurent atteint la puberté, et leur dit :

"Si vous désirez vous marier, [faites-le-moi savoir :] je me chargerai de vous trouver un parti. Car lorsque le serviteur se met à forniquer, la foi abandonne son coeur."

Ibn Mas'ûd - qu'Allah soit satisfait de lui - disait :

"Quand bien même il ne me resterait que dix jours à vivre, je désirerais me marier afin de ne pas rencontrer Allah en tant que célibataire."

Quant à Mu'âdh ibn Jabal - qu'Allah soit satisfait de lui - , lorsque ses deux épouses moururent de la peste (et alors que lui-même était atteint de ce fléau), il sollicita ainsi son entourage :

"Mariez-moi à nouveau, car il me déplairait de rencontrer Allah
en étant célibataire!"

L'attitude de ces éminents Compagnons témoigne de ce qu'ils tenaient le mariage en grande estime, et cela indépendamment du fait qu'il préserve des méfaits de la sensualité. 'Umar - qu'Allah soit satisfait de lui - multipliait les mariages, mais il précisait toutefois :

"Je ne me marie qu'en vue d'[accroître] ma descendance."

Un des Compagnons [du nom de Rabî'a al-Aslamî] avait voué sa vie au service de l'Envoyé d'Allah - sur lui la grâce et la paix -. Il était à sa disposition de jour comme de nuit et dormait devant sa porte pour le cas où le Prophète aurait besoin de lui. Un jour cependant, l'Envoyé d'Allah - sur lui la grâce et la paix - lui demanda :

"Pourquoi ne te maries-tu donc pas ?"

L'homme répondit :

"O Envoyé d'Allah, je suis pauvre et totalement démuni. Et puis, le mariage m'empêcherait de te servir !"

Et il se tut. [Au bout d'un certain temps de silence,] l'Envoyé d'Allah réitéra sa question et Rabî'a lui fit la même réponse. Mais il se mit à réfléchir, se disant :

"Par Allah ! L'Envoyé d'Allah - sur lui la grâce et la paix - sait assurément mieux que moi ce qui peut améliorer ma condition en ce monde et dans l'autre, et ce qui peut me rapprocher d'Allah ! S'il m'interroge une nouvelle fois [à ce sujet], je m'exécuterai."

Aussi, lorsque le Prophète lui demanda pour la troisième fois pourquoi il ne se mariait pas, le Compagnon ne put que lui répondre:

"O Envoyé d'Allah, trouve-moi une femme!

- Va dans telle tribu, et dis-leur : L'Envoyé d'Allah - sur lui la grâce et la paix - vous ordonne de me donner l'une de vos jeunes filles en mariage.

- Mais, dit [piteusement] le Compagnon, c'est que je n'ai rien [à apporter en guise de dot], ô Envoyé d'Allah !"

Alors le Prophète, se tournant vers les Compagnons, leur ordonna :

"Réunissez pour votre frère l'équivalent en or d'un noyau [de datte] !"

Ainsi fut fait, et ils partirent en compagnie de leur frère auprès de la tribu en question, où la mariage fut aussitôt conclu. A leur retour, le Prophète dit au jeune marié:

"Il te faut maintenant organiser ton repas de noces."

Alors les Compagnons se cotisèrent à nouveau, réunissant de quoi acheter une brebis pour le banquet... L'insistance du Prophète à vouloir marier Rabî'a montre bien qu'il existe un mérite inhérent au mariage ; à moins qu'il n'ait deviné chez ce Compagnon l'envie qu'il avait de prendre femme.

Bishr ibn al-Hârith [al-Hâfî] affirmait quant à lui: "Il y a trois points par lesquels Ahmad ibn Hanbal me dépasse en mérite : il recherche ce qui est licite pour lui-même et pour autrui, alors que je ne le recherche que pour ma simple personne ; il a montré une grande disponibilité à se marier, alors que j'en étais moi-même incapable ; et enfin, il a été élevé au rang d'imam pour le commun [des musulmans]." C'est d'ailleurs de ce même Ahmad ibn Hanbal - qu'Allah lui fasse miséricorde - qu'on raconte qu'il se remaria dès le deuxième jour qui suivit la mort de la mère de son fils 'Abd Allâh, disant: "II me déplaît de passer une seule nuit en étant célibataire." Quant à Bishr, lorsqu'on lui rapporta que les gens jasaient sur son compte parce qu'il se détournait du mariage, affirmant qu'il délaissait ainsi la Coutume de l'Envoyé d'Allah, il répondit : "Vous n'avez qu'à leur dire que c'est la stricte observance des obligations religieuses (fard) qui a détourné Bishr de celle des simples recommandations traditionnelles (sunna)." Une autre fois, comme on lui reprochait encore son célibat, il s'écria: "Il n'y a rien qui m'empêche de me marier, si ce n'est le verset coranique : Les femmes ont des droits équivalents à leurs devoirs, et conformément à l'usage."

Cette parole fut rapportée à Ahmad, qui s'exclama à son tour: "Et où donc pourrait-on trouver l'égal de ce Bishr ? Il me tient à distance respectueuse, mieux que ne saurait le faire la pointe d'une lance !" Malgré tout cela, on rapporte que [peu après sa mort] Bishr apparut en songe à un dormeur, qui lui demanda : "Comment Allah t'a-t-Il traité [en Son Royaume] ?" Bishr répondit : "On a élevé ma position (marzâzil) en Paradis, et j'ai été hissé jusqu'aux stations des prophètes - mais je n'ai pu atteindre le rang qu'occupent ceux [des saints] qui se sont mariés !" (Une version différente fait état d'une autre réponse : "Allah m'a adressé ces reproches : J'eu préféré, ô Bishr, que tu ne te présentes pas à Moi en étant célibataire.") Le dormeur demanda alors : "Et qu'en est-il d'Abû Nasr al-Tammâr ?" A quoi Bishr répondit: "II a été élevé de soixante-dix degrés au-dessus du mien. - Comment cela, s'étonna le rêveur, nous t'avions toujours cru au-dessus de lui ? - Cela, il le doit à la patience dont il fit preuve à l'égard de ses filles et de sa maisonnée."

Sufyân ibn 'Uyaynah affirmait par ailleurs : "Prendre un grand nombre de femmes en mariage ne relève pas de l'amour de ce monde ! 'Alî [ibn Abî Tâlib] - qu'Allah soit satisfait de lui - était celui des Compagnons de l'Envoyé d'Allah - sur lui la grâce et la paix - qui s'imposait l'ascèse la plus dure, ce qui ne l'empêcha pas d'avoir quatre épouses et dix-sept esclaves en concubinage !" Le mariage est donc une coutume établie de longue date, et l'un des caractères spécifiques de la nature des prophètes.

Un homme dit un jour à Ibrâhîm ibn Adham - qu'Allah lui fasse miséricorde - :

"Heureux es-tu, toi que le célibat a laissé libre de te consacrer tout entier à l'adoration d'Allah !" A quoi Ibrâhîm rétorqua : "Un seul des soucis que te cause ta maisonnée vaut mieux que tout ce à quoi je suis parvenu! - Dans ce cas, s'étonna l'homme, qu'est-ce qui te retient de te marier ? - Je n'ai, répondit le saint, aucun besoin d'une femme, et je m'en voudrais de plus d'en illusionner une sur mon compte."

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