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 Bismillah
Er Rahmane Er Rahime Au Nom d'Allah Le Tout-Miséricordieux
Le Très-Miséricordieux

La foi et le bonheur
Par Cheikh Youssouf Al Qaradawi

Le bonheur est le rêve auquel aspire tout être humain,
du philosophe à la pensée la plus abstraite à l'homme
du peuple le plus fruste, du roi dans son palais luxueux
au va-nu-pieds dans sa masure. Assurément, personne
ne recherche la souffrance ni ne se satisfait d'être
malheureux.
Où se trouve le bonheur ?
Toutefois, les hommes se heurtent depuis toujours
à la question : où se trouve le bonheur ?
Nombreux sont ceux qui l'ont recherché là où il ne
se trouvait pas, et qui sont revenus les mains vides,
épuisés, désespérés, comme quelqu'un qui aurait cherché
des perles dans le désert !
Certes, à toutes les époques, les gens ont essayé
de le trouver dans les jouissances matérielles les plus
diverses, dans tous les plaisirs des sens ; mais ils
se sont aperçus que cela ne suffisait jamais à conduire
au bonheur, et que chaque nouveau plaisir ne faisait
souvent que leur créer de nouveaux soucis.
Le bonheur se trouve-t-il dans le plaisir matériel
?
Certains l'ont cru, et ont pensé que le bonheur résidait
dans la richesse, dans le luxe, le plaisir et le confort
matériel. Mais dans les pays où les gens ont atteint
le plus haut niveau de vie, où tout le confort matériel
est assuré, qu'il s'agisse de nourriture et de boisson,
de vêtements, de logement, de moyens de transport ou
des commodités les plus diverses, les gens sont quand
même malheureux, souffrent de dépressions et recherchent
d'autres moyens d'atteindre le bonheur.
L'abondance des richesses ne fait pas le bonheur
et n'en constitue même pas l'élément principal. Au contraire,
la richesse matérielle fait parfois le malheur de son
propriétaire dans ce monde avant l'autre. C'est pourquoi
Allâh
- Exalté soit-Il - dit de certains hypocrites :
« Que leurs biens et leurs enfants ne t'émerveillent
pas ! Allâh veut seulement les tourmenter par cela dans
la vie de ce monde. » Sourate at-Tawba, « Le repentir
», verset 55.
Le tourment mentionné ici est celui causé par la
peine, le malheur, la douleur et les soucis ; c'est
une souffrance ressentie ici-bas, dans la vie présente,
à l'image de celle évoquée dans le hadîth :
« Voyager
fait goûter au tourment ».
Or, c'est bien ce que nous constatons chez tous ceux
dont l'argent et la vie de ce monde sont la principale
préoccupation, le seul objectif et l'unique aspiration
: ceux-là ressentent toujours une souffrance psychologique,
une lassitude du coeur, une pesanteur de l'âme ; qu'ils
aient peu ou beaucoup, jamais ils ne sont satisfaits.
Le hadîth rapporté par Anas
-
qu'Allâh soit satisfait de lui -
d'après le Prophète
-
sur lui la grâce et la paix -
décrit bien ces esprits torturés :
« Celui qui se préoccupe de l'Au-delà, Allâh place
sa richesse dans son cœur et rassemble les siens autour
de lui, et ce bas-monde est contraint de venir à lui
; mais celui qui se préoccupe de ce bas-monde, Allâh
place sa pauvreté devant lui et disperse les siens,
et il ne recevra pas d'autre part de ce bas-monde que
celle qui lui est réservée. » Rapporté par at-Timidhî
par la voie d'Anas, et rapporté par Ibn Mâjah et d'autres
en termes semblables par la voie de Zayd ibn Thâbit.
Comme
l'a dit un auteur ancien, «
Celui qui aime ce bas-monde doit être déterminé à supporter
les malheurs ».
L'amoureux de ce bas-monde ne peut échapper à trois
choses : un souci permanent, une fatigue incessante
et un regret interminable. En effet, l'amoureux de ce
bas-monde ne parvient pas plus tôt à obtenir une chose
qu'il ne se met à en désirer une autre, comme le dit
le hadïth :
«
Si l'enfant d'Adam possédait deux rivières d'or, il
en désirerait une troisième. »
Jésus,
fils de Marie
-
la paix soit sur lui - a
comparé l'amoureux de ce bas-monde au buveur de vin
: plus il boit, plus il a soif.
Les
enfants procurent-ils le bonheur ?
Les
enfants sont, assurément, la fleur de la vie, la beauté
de ce monde. Il arrive souvent, cependant, que les enfants
n'apportent que des peines à leurs parents et les récompensent
par la désobéissance et l'ingratitude au lieu de leur
manifester bonté et respect. Il arrive même que des
enfants tuent leurs parents pour s'approprier leur fortune
ou parce qu' ils font obstacle à leurs passions.
Ainsi
un père se lamente-t-il ainsi en s'adressant à son enfant
:
«
Je t' ai nourri tout petit, enfant j'ai pourvu à tes
besoins. Tu grandissais en t'abreuvant de mes conseils.
Si un soir t'avait causé quelque peine, j'en passais
la nuit éveillé, agité. Mais lorsque tu as atteint l'âge
adulte, et le but que pour toi je n'osais espérer,
voilà que tu me récompenses par la dureté et la brutalité,
comme si c'était toi le généreux bienfaiteur !
»
Nous
avons vu bien des exemples étranges de l'ingratitude
des enfants et de la détresse des parents, et nous en
avons entendu parler d'autres plus étranges encore.
Les parents se sont, de tous temps, désespérés de l'ingratitude
de leurs enfants, à l'image du Roi Lear de Shakespeare
qui s'exclamait : «
Ô combien plus cruelle que la dent du serpent est l'ingratitude
d'un enfant » !
Le
progrès scientifique apporte-t-il le bonheur ?
La
science expérimentale, qui a permis de rapprocher les
gens au-delà des distances et d'aplanir les difficultés,
peut-elle aussi réaliser le bonheur ?
Certes,
comme le dit le Docteur Mohammad Housayn Haykal, la
science nous a permis de découvrir un grand nombre de
secrets de la vie et d'en tirer profit à un degré que
nos prédécesseurs n'auraient même pas imaginé.
Il
est vrai également que la soif de connaissance fait
partie de la nature humaine. L'homme ne parvient pas
plus tôt à connaître une chose, qu'il n'aspire à approfondir
encore sa connaissance ou ne se tourne vers un autre
objet de recherche. Mais il est vrai aussi que la science
n'ouvre pas la porte du bonheur. Au contraire, elle
conduit souvent à l'ennui ou à l'inquiétude. Le bonheur,
c'est ce beau rêve que nous voyons briller devant nous,
que nous cherchons à saisir mais dont nous n'avons jamais
assez : depuis l'aube de l'humanité, les hommes ont
toujours couru derrière le bonheur, mais dès qu'ils
pensent avoir atteint le but, voilà que le démon du
malheur vient leur barrer la route. Ce bonheur tant
cherché ne réside pas dans la science, car la science
correspond à un désir, et le désir ne saurait apporter
le bonheur. Combien de savants ont consacré leur vie
à la science, pour éprouver. au bout du chemin, d'amers
regrets en constatant que leur science ne leur avait
apporté qu'un surcroît de peine ; ceux-là ont alors
recommandé que leurs enfants soient éduqués dans la
foi et suivent leur nature, sans demander à la science
de décrypter les mystères de l'Invisible.
Notre
connaissance, aussi vaste qu'elle puisse être, reste
infime par rapport à l'immensité de cet univers infini.
Ainsi Nietzsche et d'autres grands penseurs, qui dans
la flamme de leur jeunesse affirmaient que la science
parviendrait un jour ou l'autre à déchirer le voile
de l'Invisible, ont faibli en voyant que ce voile était
sans fin, et ont bien dû admettre qu'ils couraient derrière
un mirage dépourvu de réalité, même si le but de ce
mirage était justement de percer le secret de la réalité.
Le
philosophe britannique contemporain Bertrand Russel,
malgré son point de vue matérialiste, reconnaît que
si la science a permis à l'homme de sortir vainqueur
de sa lutte contre la nature, elle ne lui a été d'aucun
secours dans sa lutte contre lui-même, et que dans
ce domaine c'est toujours la foi qui l'emporte.
Le
Docteur Henry Lenk, célèbre psychologue américain, s'oppose
à ceux qui nient la foi en l'Invisible au nom de la
science et du respect de la pensée, et montre que
la science ne peut suffire à elle seule à procurer à
l'être humain le bonheur véritable :
«
En réalité, il se trouve aujourd'hui dans chaque domaine
de la science des phénomènes susceptibles d'alimenter
le feu de cette erreur qui consiste à accorder à la
pensée une importance excessive. Et pourtant, ce sont
les psychologues qui sont parvenus à la conclusion que
s'appuyer uniquement sur la pensée est nuisible au bonheur
de l'être humain même si cela ne nuit pas à son succès.
Ces découvertes ont été révélées à la suite de l'expérience
de ces psychologues avec les gens et des études scientifiques
qu'ils ont menées sur des milliers de personnes. Ajoutons
encore que les recherches qui ont abouti à ces découvertes
ont tenu compte de leur rapport avec les méthodes pédagogiques,
la religion, la personnalité et la philosophie de la
vie en général.
Nous
n'avons pas pu parvenir à une solution définitive des
problèmes complexes de la vie, et nous ne boirons pas
à la source du bonheur par le seul moyen du progrès
des connaissances et de la science. Le progrès scientifique
signifie plus de perplexité et de tourment. Tant que
ces sciences ne seront pas unifiées en une conception
claire appliquée aux vérités de la vie quotidienne,
elles ne parviendront pas à libérer les esprits qui
leur ont donné naissance, mais ne manqueront pas au
contraire de conduire ces esprits à leur destruction
et à leur décomposition. En outre, cette unification
devra inévitablement venir par une autre voie que celle
de la science : je veux dire par la voie de la foi.
»
Le
bonheur se trouve à l'intérieur de l'être humain
Le
bonheur ne réside donc pas dans la richesse, dans la
puissance, dans l'abondance des enfants, dans le profit,
ni encore dans la science matérielle.
Le
bonheur est quelque chose d'abstrait, d'impalpable,
qui ne saurait être mesuré ou contenu ni acheté avec
de l'argent.
Le
bonheur est quelque chose que l'être humain ressent
au fond de lui-même... une pureté de l'âme, une sérénité
du coeur, une joie intérieure, une paix de la conscience.
Le
bonheur est quelque chose qui émane de l'intérieur de
l'être humain, et non pas quelque chose qu'il peut se
procurer à l' extérieur.
On
raconte qu'un mari, s'emportant contre sa femme, lui
dit d'un ton menaçant :
«
Je te rendrai malheureuse ! »
La
femme répondit calmement :
«
Tu n'as pas le pouvoir de me rendre malheureuse, pas
plus que de me rendre heureuse. »
Le
mari, furieux, demanda :
«
Comment cela, je n'en ai pas le pouvoir ? »
La
femme répondit avec assurance :
«
Si le bonheur était une question d'argent tu pourrais
m'en priver ; s'il venait des parures et des bijoux
tu pourrais m'en dépouiller ; mais le bonheur provient
de quelque chose sur quoi tu n'as aucun pouvoir, ni
toi ni personne au monde! »
Le
mari, surpris, demanda :
«
Et qu'estce que c'est ? »
La
femme répondit avec conviction :
«
Je trouve le bonheur dans ma foi, et ma foi est dans
mon coeur ; et personne n'a de pouvoir sur mon coeur,
à part Allâh ! »
Voilà
ce qu'est le bonheur véritable, le bonheur qu'aucun
être humain n'a le pouvoir de donner, ni de reprendre
à celui qui le possède. C'est ce bonheur qui a fait
dire à un pieux croyant :
«
Si les rois savaient quel bonheur est le nôtre, ils
nous combattraient de leurs sabres ! »
Un
autre, envahi par cette extase spirituelle, a dit :
«
Je vis des moments où je me dis : si les hôtes du Paradis
connaissent un tel bonheur, ils sont assurément comblés.
»
Ceux
à qui il est donné de connaître pareil bonheur se moquent
des événements, même si l'orage gronde ; ils sourient
à la vie même si elle leur montre les dents, et prennent
les peines avec philosophie. Les épreuves se métamorphosent
pour eux en bienfaits suscitant la reconnaissance, là
où d'autres ne voient que des malheurs dont ils se lamentent.
C'est comme s'ils possédaient des glandes spirituelles
particulières secrétant une substance qui transformerait
les catastrophes de la vie en bienfaits.
Le
minimum de confort matériel nécessaire au bonheur
Nous
ne nierons pas que le confort matériel joue un rôle
dans la réalisation du bonheur. Comment le pourrions-nous,
alors que le Prophète
-
sur lui la grâce et la paix - a
dit :
«
Font partie du bonheur de l'homme: une bonne épouse,
une bonne habitation et une bonne monture. »
Rapporté
par Ahmad avec une chaîne de transmission authentifiée,
par la voie de Sa'd ibn Abî Waqqâs.
Toutefois,
le confort matériel n'est pas l'élément essentiel du
bonheur ; c'est plutôt une question de qualité que de
quantité. Il suffit à un homme d'être à l'abri des tourments
matériels susceptibles de troubler l'existence, comme
une mauvaise femme, une mauvaise habitation ou une mauvaise
monture, de jouir de la sécurité et de la santé et de
pouvoir assurer sa subsistance sans difficulté excessive.
Combien juste est cette parole du Prophète
-
sur lui la grâce et la paix - :
«
Celui qui se réveille le matin en sécurité, en bonne
santé, avec devant lui de quoi manger pour la journée,
c'est comme si ce bas-monde tout entier lui appartenait.
»
Rapporté
par al-Boukhârî dans le recueil de textes émanant d'une
seule source al-Adab al-mozrfrad, par atTirmidhî qui
le considère comme un hadïth bon isolé, et par Ibn Mâjah.
Si
le bonheur est un arbre qui prend racine dans l'âme
et dans le coeur de l'être humain, la foi en Allah
- Exalté soit-Il - et
en l'Au-delà en sont l'eau et la nourriture, l'air et
la lumière.
La
foi fait jaillir dans le coeur de l'être humain des
sources intarissables sans lesquelles le bonheur ne
saurait se réaliser : ces sources sont la sérénité,
la sécurité, l'espoir, le contentement et l'amour.
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