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Au Nom d'Allah Le Tout-Miséricordieux Le Très-Miséricordieux

La demeure de l'amour

(al mahabba)

 

Allâh - Exalté soit-Il - a des serviteur qui ont surmonté cet obstacle laissant derrière eux cette âme honnie et oubliée car leurs esprits sont dorénavant rivés au plérome céleste où ils goûtent le plaisir d'une existence agréable. C'est que le goût de sa douceur leur a fait oublier la recherche des états dans le bas monde, comme l'étroitesse et la largesse, la gloire et l'humiliation, la misère et l'aisance, le froid et la chaleur. En effet, ces choses leur arrivent dans la demeure du bas monde sans qu'ils s'affairent pour les avoir ou les éviter tant que cela n'interfère pas avec leur visée sublime. C'est que les convoitises de leurs âmes ont cessé d'affecter de l'intérêt pour ces choses car ils sont submergés par des aspirations qui leur ont fait goûter la douceur de la proximité d'Allâh  - que Son Nom soit béni - de Sa bienveillance et de Sa bonté envers eux pour dominer leurs désirs et leurs plaisirs dans l'accomplissement des actes d'obéissance.

Leurs corps sont tendus, l'accomplissement du terme de leur vie et leurs esprits sont mis à nu. Debout sur les bouts de leurs membres, avec des regards fixes et des cœurs tournés vers Le Roi suprême, pour répondre dès qu'on les appelle. C'est qu'en héritant l'amour de leur Roi, cet amour a coulé à travers leurs corps.

D'ailleurs, l'amour n'a été appelé amour que parce qu'il est parvenu jusqu'au grain du cœur qui est le point de croisement des veines. C'est ainsi que l'amour a coulé pour abreuver ces veines jusqu'à la satiété.

De la convoitise des jours de la vie, ils n'ont que celle de Lui adresser leurs confidences. De la convoitise de la vie future, ils n'ont que celle d'avoir son pardon. De la convoitise du Paradis, ils n'ont que celle de Lui rendre visite. De la convoitise de la visite, ils n'ont que celle de Le rencontrer, de Le contempler et d'entendre Sa parole annonçant qu'ils bénéficient de Son agrément. Et quelle merveilleuse Parole !

Une satisfaction d'Allâh - Exalté soit-Il - qui est la chose la plus grandiose et une salutation de Sa part :


" Ils entendront comme Parole émanant du Seigneur Très miséricordieux : Paix ! "
Sourate 36 : Yâ - Sîn verset 58.

sans qu'il y ait entre Lui et eux d'interprète pour leur transmettre saluta­tions et paroles.

S'agissant de l'évocation de cette quatrième demeure qui se rapporte aux gens de l'amour et de la proximité, Allâh - Exalté soit-Il - a dit notamment :

« O vous qui croyez ! Craignez Allâh et cherchez  le moyen de vous rapprocher de Lui ! Combattez  pour Sa cause ! » Sourate 5 : La table servie (Al-Maidah) verset 35.

C'est-à-dire craignez Allah en abandonnant les péchés et recherchez Sa proximité en luttant contre les passions car la lutte contre les passions est une forme de purification. Or, plus le serviteur est purifié plus il s'approche de Lui. Ensuite Allâh - - Exalté soit-Il - a dit :


« Nous dirigeons assurément sur nos chemins
ceux qui combattent pour Notre cause »

Sourate 29 : L'araignèe (Al-Ankabut) verset 69.

Il s'est imposé de les guider vers Son chemin s'ils luttent contre leurs passions. Car si Allah leur ouvre un chemin qui mène à Lui, ils parviendraient jusqu'au Seuil (divin).

D'ailleurs les passions ont été appelées al-hawâ en arabe parce que ton cœur ne cesse, depuis qu'il L'a connu, de s'élever vers Lui tandis que les désirs ne font que te faire chuter par rapport à Lui pour que tu ne te reposes et ne te fixes qu'en eux.

Il faut savoir que le mot arabe al-shahwa (désir) signifie ihtishash al-nafs c'est-à-dire la convoitise de l'âme, car ces deux mots shahwa et ihtishash connotent le sens du désir, sauf qu'on a interverti les lettres qui les composent dans l'usage.

Donc, lorsque ces serviteurs se sont purifiés des passions et qu'ils ont cessé de se détourner d'Allâh, ils ont mérité d'être aimés par Allâh qui leur a procuré Son amour.

Si tu veux les reconnaître, tu n'as qu'à regarder leurs qualités par lesquelles Allâh - - Exalté soit-Il - les a décrit. En effet Allâh - - Exalté soit-Il - a dit :

 

« Ô vous qui croyez ! Quiconque parmi vous apostasie...,
Dieu fera venir des hommes qu'Il aimera et qui L'aimeront »
Sourate 5 : La table servie (Al-Maidah) verset 54.

Il a commencé par évoquer Son amour pour eux puis Il a mentionné leur amour pour Lui pour qu'on sache que Son amour pour eux leur a permis de l'aimer. Ensuite Il a décrit leur état en disant :


« Humbles avec les croyants, superbes à l'égard des infidèles »
Sourate 5 : La table servie (Al-Maidah) verset 54.

C'est-à­dire qu'ils se plient devant chaque vérité et s'y soumettent par humilité devant Allâh - - Exalté soit-Il -. Devant les croyants et en traitant avec eux, ils sont dans l'humilité. C'est ce qu'ils font également devant toute vérité. En somme ils sont humbles et fiers : humbles devant leur Seigneur quand il s'agit de Son droit, fiers et superbes pour leur Seigneur quand il s'agit d'erreur et de vanité. Il a dit ensuite Allâh - - Exalté soit-Il - :


« Ils combattent pour la cause d'Allâh »
Sourate 5 : La table servie (Al-Maidah) verset 54. 

c'est-à-dire qu'ils combattent leurs désirs au sein de leur servitude et ne craignent le reproche ou le blâme de quiconque qui cherche à leur en faire, parce qu'ils ont délaissé leur âme dans un coin totalement oublié sans lui prêter la moindre attention quant à sa préoccupation de la recherche ou de l'occupation de rang auprès des cœurs des créatures. Le blâme et l'éloge leur sont tout à fait égaux lorsqu'il est question d'Allâh - - Exalté soit-Il - :


« C'est la grâce de Dieu, qu'Il accorde à qui Il veut »
Sourate 57 : Le fer (Al-Hadid) verset 21.

Allâh - - Exalté soit-Il - a dit dans un autre verset :


« Si vous aimez  Dieu, alors suivez-moi ! Dieu vous aimera »
Sourate 3 : La famille d'Imran (Al-Imran) verset 31.

Il a ainsi dévoilé l'intériorité des gens qui sont sincères dans leur amour pour Lui à travers leur conformité à Muhammad - que Dieu lui accorde la Grâce et la paix - dans tous ses ordres et ses interdits et dans tous les états qu'il leur a indiqués. Il faut savoir que les Bédouins ont dit: « Nous aimons notre Seigneur ». Allâh - - Exalté soit-Il - révéla alors ce verset qui dit :


« Si vous aimez  Dieu, alors suivez-moi ! Dieu vous aimera »
Sourate 3 : La famille d'Imran (Al-Imran) verset 31.

c'est-à-dire le suivre dans le bien et pour tout ce qui se rapporte à la crainte révérencielle, à l'humiliation de l'âme et à l'humilité. C'est ce que rapporte Abû al-Dardâ' - qu'Allâh soit satisfait de lui - d'après l'Envoyé de Dieu - que Dieu lui accorde la Grâce et la paix -.

C'est ce que nous a rapporté également Abu `Amr al-Khusyy, d'après Mubârak ibn Fudhâla, d'après al-Hassan : Les Bédouins ont dit: « Nous aimons notre Seigneur ». A ces mots Allâh - - Exalté soit-Il - révéla le verset suivant:


« Si vous aimez  Dieu, alors suivez-moi ! Dieu vous aimera »
Sourate 3 : La famille d'Imran (Al-Imran) verset 31.

Allâh - Exalté soit-Il - a fait, des adeptes de Muhammad - que Dieu lui accorde la Grâce et la paix - un emblème de Son amour.

S'agissant des Traditions qui portent sur le combat des passions, Omar ibn Yahyâ ibn Nâfi'al-Ablî nous a rapporté d'après Hakîm ibn Khuzam, d'après al-`Alâ' ibn Kathîr, d'après Makhûl, d'après Abû al­ Dardâ' qui a demandé :

« O Envoyé de Dieu ! Lequel des Jihâds est meilleur ? Il a dit : Le combat de l'individu contre son âme. S'il traite les gens en leur ordonnant le bien et en leur interdisant le mal, il parachève son cheminement sur la voie de Dieu. »

De même, al-Fadhl ibn Muhammad nous a rapporté ce qui suit, d'après Moussa ibn Ayyûb al-`Adawy, d'après Mu'âwiya ibn Hasham al-Kindî, d'après al-Nadhr ibn `Arab :

« Dix-huit hommes de la seconde génération après celle des compagnons dont `Atâ, Tâwûs et Mujâhid, se sont retrouvés ensemble chez moi dans cette maison. L'un d'eux a dit : Le combat le plus dur c'est le combat de l'homme contre sa propre âme ! Ils ont tous confirmé son dire.  »

Par ailleurs, j'ai réfléchi sur les Traditions qui nous ont été rapportées au sujet de `Amir ibn Abd Qays - qu'Allâh soit satisfait de lui - et j'ai retrouvé quatre traditions qui renferment quatre demeures spirituelles retenues par lui :

La première tradition : Abdullâh ibn Abî Zyâd - qu'Allâh soit satisfait de lui - nous a rapporté ce qui suit d'après Sayyâr, d'après Ja'far ibn soulayman et Rabâh al-Qaysî, d'après Abdurrahman al­ Khazzâz, d'après al-Hassan : `Âmir ibn Abd Qays avait une séance dans la grande mosquée où nous avions remarqué son absence qui nous a semblé si longue que nous crûmes qu'il avait imité les gens perdus par leurs passions. Nous sommes donc allés le voir chez lui et nous l'interrogeâmes : « O Abdullâh, tu as abandonné ta séance et tes amis pour venir t'asseoir ici tout seul ? » Il nous dit: « Ouf ! C'est une séance pleine d'erreurs et de confusion ! » Nous nous sommes dit en nous-mêmes : « Nous méritons cela en raison de notre suspicion à son égard. » Puis nous lui dîmes : « Ô Abdullâh ! Si ceux qui fréquentent ta séance sont ainsi que dis-tu d'eux ? » Il répondit :

 


Que pourrai-je dire d'eux ? J'ai rencontré des compagnons de Ahmad - que Dieu lui accorde la Grâce et la paix - qui étaient parmi les hommes les plus sincères. Ils étaient entourés de la protection de Dieu, nourris de la miséricorde de Dieu, préservés dans le triomphe de Dieu, enveloppés sous l'égide de Dieu, élevés dans la bienveillance de Dieu, élus pour le secret de Dieu, qui seront demain rapprochés dans la demeure de la visite de Dieu, honorés du matin au soir par la vision de Dieu. Le plaisir de goûter la proximité de Dieu les a détournés des félicités du Paradis. Ils sont tout à fait recueillis parce qu'ils sont parvenus jusqu'à Lui, car toute veine en eux est dans un repos parfait, parce qu'elle est vidée de tout ce qui est passion. Ainsi, tous leurs membres sont dans un recueillement total. Comme ils ont gardé cet état et que Dieu a fait d'eux ce que nous venons de décrire, ce traitement divin fut de la part de Dieu un cadeau en leur faveur pour maintenir les liens avec Lui. En maintenant ce lien, leur vie habituelle perdit son sens, car ils se sont débarrassés de la vision de l'âme pour s'engager dans les océans de Sa connaissance en se familiarisant de Sa Présence et en se fiant à Son action de les régir. C'est qu'au jour de la Résurrection, les hommes dotés de la Foi la plus sincère sont ceux qui étaient les plus exigeants dans la demande des comptes à leurs âmes, et les hommes les plus réjouis au jour de la Résurrection sont ceux qui étaient les plus tristes dans le bas monde. Les hommes les plus souriants au jour de la Restriction sont ceux qui pleuraient le plus dans le bas monde. Ils m'ont informé que Dieu - Exalté soit-Il - a prescrit des obligations et des recommandations et institué des limites à ne pas dépasser. Aussi, celui qui œuvre selon les prescriptions de Dieu et Ses recommandations et évite de violer Ses interdits, Dieu le fait entrer au Paradis sans lui réclamer des comptes. Celui qui œuvre selon les prescriptions de Dieu et Ses recommandations, mais en violant Ses interdits puis s'en repent, puis récidive, puis s'en repent, puis récidive, il fera face aux horreurs du jour de la Résurrection, à ses bouleversements et à ses frayeurs. Ensuite Dieu le fera entrer au Paradis. Quant à celui qui œuvre selon les prescriptions de Dieu et Ses recommandations, mais viole Ses interdits, il rencontrera Dieu en homme musulman. S'Il veut, Il le punit et s'Il veut, Il le prend en miséricorde !


Je me suis dit : Ceci constitue sa première demeure spirituelle qui consiste à éviter les créatures et à s'en remettre aux exigences de la repentance pour demander des comptes à l'âme et exiger sa sincérité.

La deuxième tradition : Abu Omar al­ Malki rapporte d'après al-Hassan que `Âmir ibn Abd Qays a dit : J'ai trouvé que la vie des gens dans le bas monde tourne autour de quatre choses : Les femmes, les vêtements, la nourriture et le sommeil. Pour ce qui est des femmes, coucher à côté d'une femme ou d'un mur m'est tout à fait égal. Pour ce qui est des vêtements, je ne m'en soucie guère du moment que je trouve de quoi couvrir ma nudité. Pour ce qui est du sommeil et de la nourriture, ils m'ont vaincu à moins que je puisse les dominer sans nuire à ma santé.

Il s'agit du dressage et des exercices spirituels qu'il impose à l'âme en la privant de nourriture, de breuvage et de sommeil et en la sevrant par rapport aux accoutumances.

La troisième tradition : Al-Fadhl ibn Muhammad nous a rapporté ceci d'après Mahmoud ibn Khâlid al-Dimashqî, d'après al-Walîd ibn Muslim, d'après Ibn Jâbir : On a dit à `Âmir ibn Qays : « Othmân - qu'Allâh soit satisfait de lui - a été tué. Si tu retournais auprès de tes soldats et de tes frères à Bassora ? » Il dit : « Si je n'avais pas imposé à mon âme de ne jamais accomplir un voyage par passion, je le ferai. Je ne m'attriste que pour avoir quitté des gens qui m'étaient familiers et que je fréquentais pour Dieu et pour jeûner ensemble durant des journées caniculaires.» Je me suis dit : Ceci constitue la troisième demeure qui consiste à briser la passion et à la faire mourir pour ne pas choisir un autre état et se régaler d'autre chose.

La quatrième tradition : Omar ibn Abî Omar nous a rapporté d'après Abban, d'après Mahmoud ibn Khâlid, d'après Muhammad ibn Abi Mukrim que `Âmir ibn Abd Qays a dit:

« Mon regard n'est jamais tombé sur quelque chose sans que je voie que Dieu m'est encore plus proche ! » Je me suis dit: Ceci constitue la quatrième demeure, c'est à dire la demeure spirituelle des gens de la proximité et de la pureté et de ceux que Dieu ne voile par aucune chose.

Reprenons maintenant l'évocation des demeures spirituelles.

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